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L’information peut naître sur Internet

Tout lecteur peut dire du journal qu’il lit le plus régulièrement : « mon journal ». Journal national, les uns le parcourent le matin en buvant un café chez eux ou au comptoir ; d’autres aiment prendre le temps de s’y plonger le soir. Quotidien local, on y cherche les nouvelles de sa région, de sa ville ou de son canton. Ou bien c’est un hebdomadaire sur lequel on compte pour résumer l’essentiel de la vie politique, traiter un sujet de société, nous aider à choisir un livre, un film ou une émission de télévision, nous faire rire ou réfléchir avec des chroniques bien tournées.

Ce lien est-il en voie d’extinction ? La diffusion des journaux s’effrite, c’est sûr. Mais, sur Internet, l’attachement pour un média n’est pas moindre. On aime un site ou un blog – des sites ou des blogs – et on y revient parce qu’ils nous inspirent confiance, parce qu’ils parlent de ce qui nous intéresse, parce qu’ils sont bien informés, parce nous sommes plutôt d’accord avec leurs idées, parce qu’ils nous amusent, ou pour toutes ces raisons à la fois.

Il existe un second niveau d’association entre un média et ses usagers. C’est celui qu’ont développé, à certains moments de leur histoire, des journaux comme Le Monde, Le Nouvel Observateur ou Marianne. Pour une partie de leurs lecteurs, il s’agit de les soutenir, d’être des membres actifs de la communauté formée autour de ces titres qui, à leurs yeux, rendent service à la démocratie, aux citoyens, à la morale publique, à la vie des idées, à la culture.

Cherchant à faire naître une communauté de ce genre, nous voulons créer un lieu où puissent coopérer des journalistes, dont le métier est de chercher l’information, et des lecteurs désireux d’agir en soutenant des enquêtes, en proposant des sujets, en contribuant à la recherche dans leurs domaines de compétence. L’objectif est que ces enquêtes fassent parler d’elles sur d’autres sites ou des blogs, dans la presse écrite, à la radio et à la télévision.

Nous sommes de ceux qui pensent qu’Internet non seulement n’est pas “le tout-à-l’égout de la démocratie” , mais peut être plus qu’un espace de diffusion et de commentaire d’informations conçues et financées ailleurs. Une information neuve, solide et dérangeante peut aussi y éclore.

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Le journalisme a un prix

Le dogme de la gratuité de l’information sur Internet commence à être sérieusement contesté. Il y a un mois, Rupert Murdoch, propriétaire du groupe News Corp., qui a perdu 3,4 milliards de dollars (2,3 milliards d’euros) en 2008, a annoncé que les sites Internet de ses journaux actuellement gratuits deviendront payants à l’été 2010. Il entend aligner, notamment, les titres qu’ils possède au Royaume-Uni (The Times, The Sun, News of the World) sur sa plus belle acquisition aux Etats-Unis, le Wall Street Journal, dont l’essentiel n’est accessible en ligne que sur abonnement. « Le journalisme de qualité coûte de l’argent », a-t-il dit.

A présent, Google soumet à l’Association des journaux des Etats-Unis un système de paiement en ligne. L’information, révélée par le site de la Nieman Foundation – une fondation consacrée à l’étude et au progrès du journalisme à l’Université Harvard – est d’autant plus intéressante que les rapports entre le géant de Mountain View et les producteurs d’information sont notoirement exécrables. Google News est en effet accusé d’exploiter les sites des médias sans rien payer. Les responsables du moteur de recherche répondent que leur affichage est à l’origine d’une part importante du trafic dont ces médias bénéficient.

Ce que Google propose maintenant ressemble à l’offre de Journalism Online, qui a mis au point un système de paiement soit à l’article, soit par « pass » d’une journée, soit par abonnement mensuel ou annuel, pour les sites des journaux. Le principe est toujours le même : le journalisme est une activité professionnelle qui a un coût ; ce qu’il produit doit donc avoir un prix.

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Propublica ou le journalisme au service du citoyen

Une formule peu pratiquée en France est, aux Etats-Unis, celle de la fondation, qui finance ses activités grâce aux revenus d’une dotation en capital. C’est ainsi que vit depuis un peu plus d’un an ProPublica, une rédaction d’une trentaine de journalistes dirigée par d’anciens cadors du Wall Street Journal et du New York Times.

Herbert et Marion Sandler, milliardaires démocrates de San Francisco, ont ait fortune avec la Golden West Financial, une caisse d’épargne et de crédit qu’ils ont vendue royalement en 2006. La Sandler Foundation, dotée par eux de 1,3 milliard de dollars (900 millions d’euros), fournit l’essentiel du capital de ProPublica.

Cette news organization à but non lucratif se spécialise dans le journalisme d’investigation. Ses articles peuvent être reproduits gratuitement par les journaux. Ils sont consultables sur son site. Des partenariats associent des journalistes de ProPublica et d’un média (Los Angeles Times, CBS, Slate…) sur une enquête.

ProPublica entretient aussi une veille citoyenne sur certains sujets, comme l’emploi des fonds du plan de relance de 787 milliards de dollars, adopté en février. Des correspondants locaux bénévoles participent à ce contrôle.

Lancement de l’ACP

Un journalisme qui s’adapte à l’ère numérique, c’est ainsi que les fondateurs de l’Agence centrale de presse ont présenté leur projet, le 3 septembre, à l’occasion du festival Visa pour l’image de Perpignan.
Le concept est simple : les médias (imprimés, audiovisuels ou numériques) qui s’abonneront à cette agence auront accès à la production de rédacteurs, photographes et illustrateurs. Ils achèteront ce qui les intéressera.

L’ACP veut donc être ce que l’on appelait autrefois une agence de « features » par opposition aux agences de « news » telles que l’AFP, Reuters ou l’AP – lesquelles d’ailleurs proposent aussi à leurs clients, et de plus en plus, des features.

Un feature est un article qui ne rapporte pas seulement des faits bruts (qui-quoi-quand-où). Ce peut être un reportage, une enquête, une interview, un portrait, une chronique, une analyse, un papier de réflexion ou de divertissement.

A Glifpix, nous faisons un autre choix, celui de la relation directe entre les journalistes et les lecteurs. Nous pensons qu’Internet peut être le lieu d’une rencontre et d’une coopération entre des citoyens qui demandent de l’information et des professionnels qui vont la chercher.

Cela ne nous empêche pas de souhaiter bonne chance à l’ACP. Tous les efforts pour inventer l’information du monde nouveau vont dans le bon sens.

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