Tout lecteur peut dire du journal qu’il lit le plus régulièrement : « mon journal ». Journal national, les uns le parcourent le matin en buvant un café chez eux ou au comptoir ; d’autres aiment prendre le temps de s’y plonger le soir. Quotidien local, on y cherche les nouvelles de sa région, de sa ville ou de son canton. Ou bien c’est un hebdomadaire sur lequel on compte pour résumer l’essentiel de la vie politique, traiter un sujet de société, nous aider à choisir un livre, un film ou une émission de télévision, nous faire rire ou réfléchir avec des chroniques bien tournées.
Ce lien est-il en voie d’extinction ? La diffusion des journaux s’effrite, c’est sûr. Mais, sur Internet, l’attachement pour un média n’est pas moindre. On aime un site ou un blog – des sites ou des blogs – et on y revient parce qu’ils nous inspirent confiance, parce qu’ils parlent de ce qui nous intéresse, parce qu’ils sont bien informés, parce nous sommes plutôt d’accord avec leurs idées, parce qu’ils nous amusent, ou pour toutes ces raisons à la fois.
Il existe un second niveau d’association entre un média et ses usagers. C’est celui qu’ont développé, à certains moments de leur histoire, des journaux comme Le Monde, Le Nouvel Observateur ou Marianne. Pour une partie de leurs lecteurs, il s’agit de les soutenir, d’être des membres actifs de la communauté formée autour de ces titres qui, à leurs yeux, rendent service à la démocratie, aux citoyens, à la morale publique, à la vie des idées, à la culture.
Cherchant à faire naître une communauté de ce genre, nous voulons créer un lieu où puissent coopérer des journalistes, dont le métier est de chercher l’information, et des lecteurs désireux d’agir en soutenant des enquêtes, en proposant des sujets, en contribuant à la recherche dans leurs domaines de compétence. L’objectif est que ces enquêtes fassent parler d’elles sur d’autres sites ou des blogs, dans la presse écrite, à la radio et à la télévision.
Nous sommes de ceux qui pensent qu’Internet non seulement n’est pas “le tout-à-l’égout de la démocratie” , mais peut être plus qu’un espace de diffusion et de commentaire d’informations conçues et financées ailleurs. Une information neuve, solide et dérangeante peut aussi y éclore.